Les pages de ma chair
Mon texte tombe dans l’oreille comme de la terre sur une tombe. C’est parce qu’une passagère clandestine glisse parfois entre mes orteils que j’écris sur les pages de ma chair. Avec tout ce qui circule au-dedans de mes veines
- Vains espoirs d’écrivaine-
Le texte ondule comme un serpent. Et je le charme je le dresse. Je lui fais entendre la musique interne à mes viscères. Je me fais messagère de l’onde à contretemps car à tout traverser je goûte mieux l’immensité -Rester au bord n’est pas bon pour mes artères-.
A mes pieds, vos masques que je crève d’un style-O et de l’air libertaire juste ce qu’il faut. Le rictus ne laisse pas de trace, direz-vous ? Laissez-vous donc pousser les dents pour mieux cacher votre longue langue mensongère. Ou encore une barbe à l’encontre des soupirs, un portail, des lunettes n’importe quoi pourvu que cela interfère. Le regard fume l’haleine de toutes ces amitiés qui s’achètent. Et qui s’achèvent dans les couloirs éteints d’un soir internet.
Je ne m’y retrouve pas. Je n’y suis plus. Même s’il est vrai que j’y ai cru. Une greffe au cœur. Une agrafe avec « Ne pas oublier », me voilà pauvre petite mendiante d’un peu d’humanité.
Comment dire ce que tout le monde a déjà entendu ? Les regrets demeurent inachevés. Quelque chose a dû s’introduire discrètement dans les pourcentages non employés du cerveau. Et ne nous laisse tranquille sinon dodo Stand by Ciao.
Avec ça on se lasserait des mots guindés. On se lècherait les babines de tous nos sens rampants, guêtres aux jambes. Avec ça une mince affaire fine comme un fil de fer entre les côtes, une toile d’araignée où la rosée du matin s’est posée. A chacun ses images. A chacun ses matières. Son contrepoint, son recul sanitaire. Voilà où tout cela nous mène ! Puisque l’on ne peut se rencontrer.
Elle est une ombre qui écrit
Elle est une ombre qui écrit
Une ombre qui danse
Une ombre qui oublie
Sa lumière
Elle est une ombre qui chante
Une ombre qui dessine
Une ombre qui enfante
Sa misère
Elle est une ombre
Une ombre sombre
Une ombre seule
Une ombre tombe
Et dans un éclair
Voilà qu'un soleil se lève
Caresse ses paupières
Son front
Toute sa chair
Voilà que le soleil entre
S'infiltre jusqu'aux poumons
Et dans le battement de son ventre
L'emplit d'air
Enfin l'ombre respire
Cette ombre qui aspire
A proclamer
Son innocence
Enfin l'ombre désire
Lever le voile
Ne plus devenir
Que sa véritable essence
Enfin l'ombre devient lumière
J’arrête de faire de ma Cassandre
J’arrête de faire de ma Cassandre. Dans le désert les nuits sont froides. Et prêcher pour les chiens de prairies ne remplit pas mon frigo. Il y a du hasard et de la nécessité dans tous mes fonds de tiroirs. Certaines heures se désabusent des miracles et se laissent contredire par l’expérience des sens. Rien n’est pourtant plus commun que l’erreur humaine.
Il ne me reste plus qu’à m’enfoncer dans l’herbe moelleuse et tendre l’oreille aux soubresauts de la couche terrestre. Sentir la mousse et les secousses. Me rappeler d’où je viens et où la vie me pousse. M’enfoncer encore plus profondément, répondre de mes membres qui ne seront plus que des cendres. Descendre naître humus, partir à la quête de l’ultime humilité. Me fondre d’Icare d’un accord commun m’entendre dire que le moi se meut en taupe. Glisser sous terre cette masse encore chaude, en deviner ses propriétés animales végétales et minérales.
Je ris par ma glande pinéale. Un épais soleil tout en lave brûle à moi-même dans le mariage de mes sens en fusion.
Marianne BASTOGNE