Emilian Galaicu-Paun

Emilian Galaicu-Paun est né en 1964 à Unchitesi, Floresti en République de la Moldavie. Diplômé de la Faculté des Lettres de l’Université d’Etat de Chisinau en 1986 et titulaire d’un doctorat à l’Institut de la Littérature « M. Gorki » de Moscou en 1989, il est poète, romancier, essayiste et traducteur. Il est également Membre de l’Union des Ecrivains de Moldavie et de Roumanie, membre-fondateur de l’Association des Écrivains Professionnels de Roumanie et membre du PEN-Club. Emilian Galaicu-Paun est aussi le rédacteur en chef de la Maison d’Editions Cartier. Il a écrit, entre autres, "Yin Time. Neantologie" (Chisinau, 2004 – recueil de poésie), "Le Tissu à vif. 10 x 10" (Chisinau, 2011 – roman), "La poésie d'après la poésie" (Chisinau, 1999 – Prix de l'Union des Ecrivains de la Moldavie – essai) et traduit plusieurs œuvres dont "Journal de deuil" de Roland Barthes (Cartier, 2009) et "Noir. Histoire d’une couleur" de Michel Pastoureau (Cartier, 2012).
Poème
et j’ai embrassé une poétique – tel le lépreux embrassé un jour par françois d’assise: de mes textes tombent – lambeaux en amande de chair vive pourrissante – les épithètes. là où la beauté m’a frappé un bleu s’est formé a mûri s’est mis à suppurer puis à percer. par la fissure comme à travers les planches de la palissade sans le vouloir j'ai vu les cabots me flairer grogner et claquant de la mâchoire se jeter sur les lambeaux de chair tout juste tombée en tristesse. j’ai lu tous les livres. j’ai marié ma poésie avec le premier venu. un mois n’a pas passé je suis allé lui demander des nouvelles de son mariage avec un étranger. plus tard vous saurez vous aussi: "elle de peur et de honte/ a répondu bien papa chéri" mais je n'ai pas eu le courage? le loisir? de poursuivre par un "ma petite fille si tout va bien où est passée ta chair?", car des affaires plus urgentes me pressent. le matin et le soir je fais des bains de foule. je me défais trois fois de mon corps impur dans le lit de noces même de son corps de joie suprême. là où sont tombées naguère mes épithètes le tchernoziom s’est engraissé des chiens se sont gavés des orchidées fleurissent de part et d’autre de ma poétique, sentier étroit sur lequel je conduis mon corps par la main à la mort – afin qu’il ne se perde pas, qu’il n’ait pas peur – comme un frère mineur la première fois à sa première femme. lorsqu’en chemin je rencontre un troupeau de porcs, il m’implore: "envoie-nous en ton frère, que nous entrions en lui" "allez-vous-en!"
Traduction Odile Serre