Nemesio Sánchez
Nemesio Sánchez est né à Fuenteliante (Salamanque/Espagne) en 1944. Licencié en philosophie (Rome, 1969), diplômé en réalisation-cinéma (Bruxelles, 1974) et photographe, il multiplie depuis plus de quarante ans les expériences dans ces trois disciplines de prédilection.
Il a à son actif plusieurs courts et moyens métrages, de nombreuses expositions de photographies (Belgique, France, Espagne, Roumanie, Japon) et dix-huit recueils associant poèmes, photographies et dessins d’autres artistes peintres. Parmi ses derniers recueils : "Paysages de la mémoire", "Le don Quichotte poète", "Fleur de citronnier", "Amour Amor" et "Déracinement".
Poèmes
Aujourd’hui j’ai lu un poème
qui marchait seul et pensif dans la rue;
on aurait dit qu’il était angoissé de son existence,
écrasé par la croix qu’il portait sur ses épaules
faite de vers volés à une tragédie grecque.
D’un pas traînant il montait la rue
laissant derrière lui les scories qui le gênaient :
les chaussures usées de vivre,
la chemise pleine de crachats de ceux qu’il croisait,
le pantalon, fatigué de la sottise et de la bassesse humaine...
tout, même le caleçon, en manque d’amour,
souillé du sperme que refusa l’aimée.
Nu, il cheminait
l’écume de la vie ensanglantée entre ses lèvres,
l’âme en lambeaux palpitant entre ses bras,
traînant avec honte ses entrailles putréfiées.
Je levai les yeux au ciel
et entre les aiguilles d’une horloge qui indiquait le désespoir,
je vis le poème écrit :
c’était mon visage qui en lui se reflétait.
****
Ma treille,
qui pendant tant d’années me donnas un fruit généreux :
un cru de belle robe veloutée aux reflets de soleil naissant,
lacrimal, suave, profond...
avec la texture onctueuse de la vie;
un vin fin, parfumé aux senteurs florales et végétales
qui développa continuellement des arômes de fruits, rouges de sang
et noirs de sacrifice, aux multiples fragrances du terroir;
un rouge bronzé, ambitieux, rond, soyeux, harmonieux, puissant...
qui toujours m’offris des tanins souples et fondus
aux saveurs de terre, d’écorce de chêne rouvre et de yeuse.
Aujourd’hui, ma treille, quand le soleil se couche à l’horizon
ton cep, tordu par le temps
et touché en ses racines par la fatigue,
attend, avec ses feuilles dorées et le raisin blet
- en sa noble pourriture -,
sa tardive et ultime vendange.