Marc Imberechts

Né à Gembloux en 1942, Marc Imberechts vit en Pays de Herve (Belgique) depuis une quarantaine d'années. Après avoir voyagé durant de nombreuses années et touché à divers métiers, il s’engage dans l’enseignement auprès d’enfants en difficultés. C’est alors qu’il approche la typographie et s’y intéresse tant qu’en 1988, avec quelques amis, il fonde les éditions Tétras Lyre. Chaque année, il propose au public des ateliers de fabrication de livres collectifs entièrement faits main (papier levé à la cuve, écriture et impression typographique, gravure et reliure).
Il a publié une dizaine de recueils poétiques dont, parmi les plus récents, : "Chronique de monotonie", aux Éditions Tétras Lyre ; "La nuit Le jour" aux Editions Tétras Lyre.
Poème
Envoi
Dans un grand trou carré fait d’argile et d’eau,
était assise notre maison d’enfance.
Nous soutirions le vin des tonneaux.
Dans les caves, c’était notre jouvence.
Les portes et les fenêtres soufflées
par l'explosion d’une bombe dans le potager
offrirent aux hérissons un nid de feuilles mortes.
Dans cette maison, nous vivions de la sorte :
Je tenais mes rêves dans un faux grenier.
Je grimpais l’échelle et soulevais la trappe.
L’odeur de charpente et d’ardoises plates
dans mon cerveau est bien cataloguée.
A défier la mort, s’appliquent les enfants.
Le toit et les cheminées, nous escaladions.
Allant sans peur sur la margelle du néant,
dans les corniches, nous dansions.
Pour les voisins, nous étions clowns ou acrobates.
Et encore sur le toit de l’usine à abattre,
à trente mètres au sommet de la cheminée,
notre planète faisait la mijaurée.
Près d’une flaque d’eau par le chemin de l’école,
sur un brin d’herbe, j’engageais des croisières
vers les pacifiques terre de feu ou vers le pôle,
où vivent les tchouktes dans la misère.
A midi, je rentrais po fé malette.
Les gueules noires mangeaient leurs tartines.
Je connais l’odeur du feu pour la fonte et les machettes
vendues au Congo, en Amérique latine.
Au mitan d’un marais, sur une touffe de joncs,
je grillais des allumettes pour un feu de bois.
J’espérais le froufrou aérien des bécasses.
Toujours le salut d’une bête sauvage me fut un don.
Quand l’hiver entasse ses congères, à tâtons,
dans le labyrinthe de glace, nous avancions.
A l'école, crissaient nos sabots de bois
sur la piste gelée entre tilleul et séquoia.
Entre les gerbes du froment d'été, étendus,
nous visions du ciel la face profonde.
Au ruisseau, les mollets couverts de sangsues,
je pétrissais la matrice du monde.
Extrait d'un recueil sous presse intitulé : "Enfance" (éditions Tétras Lyre 2012)