Joseph Orban

Né le 8 juillet 1957 dans l’ex Congo belge, Joseph Orban est poète, écrivain et critique d’art ainsi que calligraphe (sous le pseudonyme de Lukas Kramer).
Il gribouille ses premiers textes vers l’âge de quinze ans avant d’être publié chez des éditeurs artisanaux liégeois (Atelier de l’Agneau, Axe, Odradek). Le Daily-Bûl, Weyrich, Noires terres lui ouvriront aussi leurs portes. Son roman "Les gens disaient l’étable" (long poème en prose miraculeusement retrouvé dans une cave) paraîtra au Grand miroir en 2007.
Il est aussi et surtout le père d’une petite Elise.
Poèmes
C’était une nuit rouge comme nous les aimions. Notre sentinelle dormait encore et, sans doute, ses rêves étaient-ils légers, plus légers que son souffle, que sa frêle poitrine, que sa peau translucide. Nous terminions notre maigre repas, nos sœurs et notre petit frère aux yeux déjà remplis de sable rose, notre petit frère au regard d’ange, aux lèvres pourpres, à la peau blanche. Nous jouions aux osselets. Nous lancions des cailloux vers les pâles étoiles que nous faisions mourir dedans leurs voiles d’or. Le silence de l’azur se mêlait au zéphyr et nous nous susurrions des promesses de sucres. Nos salives échangées nous tissaient des paysages de pierre bleue.
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C’était une nuit rouge comme nous les aimions. Nous étions nus et beaux, malgré notre frêle squelette. Nos muscles luisaient. Nous regardions nos sœurs nous regarder. Nous nous taisions. Aucun son ne sortait de nos lèvres très fines. D’ailleurs, nous ne parlions jamais. Nos regards suffisaient. Nos regards mais aussi notre peau, nos odeurs et nos souffles. Cela faisait longtemps que nous avions oublié ce qu’étaient les mots et même nos syllabes, les quelques rares, les dernières, ne voulaient plus rien dire aux oreilles de ceux qui parlent, de ceux qui vivent là, loin derrière notre territoire, bien après les hautes grilles, l’immense sentier. Ceux qui, depuis longtemps déjà, ne venaient plus ici, chez nous, sur notre territoire. Leurs cris ne nous faisaient plus mal, nous leur lancions des tisons, nous les regardions mourir car leur fuite était une mort.
Deux extraits de "Les gens disaient l’étable"