Myriam Montoya

©Stéphane Chaumet
Myriam Montoya est née en 1963 à Bello (Colombie). Elle vit à Paris depuis 1994 où elle a publié les livres de poésie Fugas/Fugues (L’Harmattan, 1997), Desarraigos/Déracinements (Indigo, 1999), traduits par Claude Couffon, Huellas/Traces (L’Oreille du Loup, 2008) et Flor de rechazo/Fleur du refus (Ecrits des Forges et Phi, 2009) traduits par Stéphane Chaumet. En 2004 a paru une anthologie de son œuvre poétique, Vengo de la noche/Je viens de la nuit (Ecrits des Forges et Castor Astral) établie et traduite par Stéphane Chaumet et Claude Couffon. Ses poèmes sont également parus dans plusieurs revues et anthologies collectives en France et à l’étranger. Parallèlement, elle a traduit une anthologie de poésie africaine d’expression française Voces Africanas (éditions Verbum, Madrid, 2001) et des poètes francophones (Amina Saïd, Michel Thérien, Salah Al-Hamdani, Michel Deguy, Bernard Noël, Stéphane Chaumet, Francis Coffinet, Françoise Ascal…) ainsi que la poète iranienne Forough Farrokhzad.
Poèmes
MESTIZA
A Carmenza Prieto
Hay en mi sangre una pugna ancestral
Reproducida en el arco de las cejas de mis hijos
En la secreta comisura de su risa
En sus huesos largos
En el regreso abrumador de sus sueños
Hay una disputa en mi ser
La desazón de un antiguo agravio
La espera de otras generaciones
Prolongada en mí y en mis hermanos
Un deseo de venganza nacido de negar el perdón
El desgarramiento luchando por escapar
Entre la risa y la danza
Un deseo de revivir los muertos
Destrenzando sus voces y las otras lenguas
Reconocerme en sus pieles
Y en el hallazgo fortutito de la memoria.
MÉTISSE
Á Carmenza Prieto
Il y a dans mon sang une lutte ancestrale
Qui transparaît dans les sourcils arqués de mes enfants
Dans la commissure secrète de leur rire
La longueur de leurs os
Le retour pesant de leurs rêves
Il y a dans mon être une dispute
Le malaise d’un vieil affront
L’attente d’autres générations
Qui se prolonge en moi et dans mes frères
Un désir de vengeance de qui refuse le pardon
Le déchirement qui combat pour échapper
Entre le rire et la danse
Un désir de ressusciter les morts
En détressant leurs voix et les autres langages
Et de me reconnaître dans leurs peaux
Et dans la découverte inattendue de la mémoire.
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La luz se filtra en el hemisferio
entre las rendijas de la noche
festejando
cuerpos inmóviles y hormigueantes
En la hondura de la herida renace el tiempo
Auroras ígneas del caos primero
Siluetas del exilio
devoradas por las mandíbulas del planeta
La flor de fuego
Música de ballenas
La dentellada de la fiera
El denuedo de sirocos
sobre ciudades recién crecidas
La luz se filtra entre bosques
rayos oblicuos entrecruzan la sombra
de la plantación
Un alfiler inmoviliza en pleno vuelo
a la mariposa
Indolentes cantares celebran
los cuerpos trémulos que yacen después
de las contiendas de un arrebol sangriento.
La lumière se filtre dans l’hémisphère
entre les fissures de la nuit
fêtant
des corps immobiles et fourmillants
Dans la profondeur de la blessure renaît le temps
Aurores ignées du chaos primitif
Silhouettes de l’exil
dévorées par les mâchoires de la planète
La fleur du feu
Musique de baleines
Morsure du fauve
L’intrépidité de siroccos
sur des villes à peine poussées
La lumière se filtre entre les bois
des rayons obliques entrecroisent l’ombre
de la plantation
Une épingle immobilise en plein vol
le papillon
D’indolents cantiques célèbrent
les corps tremblants qui gisent après
les batailles d’un crépuscule sanglant.