Amour
L’attente
comme une césure dans le battement
et le souffle qui dispense la vie
dans l’abondance insouciante du vertige
le heurt hallucinant de la blessure
dans les pores du bas-ventre
voici l’heure venue de l’émergence
où le corps devient affluent de l’autre
des feux de forêts dans le sang
des pierres dans les muscles
et l’odeur sauvage d’un désir innommable
l’amour est une violence qui étreint

Canadien de naissance, Michel A. Thérien consacre tout son temps à la poésie, sa passion. Depuis 1998, se succèdent des publications qui ont reçu diverses reconnaissances.
Au cours des années 1970, il fait des études en lettres françaises et en éducation à l’Université d’Ottawa. À cette époque, il publie ses premiers poèmes dans la presse et dans des revues littéraires. Il poursuit ensuite une carrière en éducation, puis à la fonction publique fédérale et aux Nations-Unies.
La poésie est pour lui un moyen d’affirmation et de survivance culturelle. Poète de l’ellipse, il écrit dans un style à la fois sobre et dépouillé. Il aborde dans son œuvre les thèmes de la langue, sa défense en milieu minoritaire, choisissant le poème comme instrument de survivance et de rayonnement de la langue. Il évoque également les grands thèmes universels de la fragilité de la terre, de la beauté, de l’amour, de l’injustice sociale, de la souffrance et de la guerre. Il accorde beaucoup d’importance à la sensibilisation des étudiants de tous les niveaux scolaires à la poésie. C’est ainsi qu’il s’emploie à rencontrer les étudiants d’ici et d’ailleurs dans le monde pour discuter de l’importance de la poésie dans la conjoncture mondiale actuelle.
Dans son deuxième recueil, intitulé Corps sauvage, publié en l’an 2000, il traite pour la première fois du génocide au Rwanda. Ce recueil l’amènera à voyager en Afrique à quelques reprises. En 2007, il publiera ses carnets africains, Du vertige et de l’espoir qui lui ont valu d’être finaliste au Prix du gouverneur général du Canada.
Militant de la francophonie et de sa poésie, Michel A. Thérien a joué un rôle déterminant dans la création d’un axe poétique à la Biennale de la langue française à laquelle il a participé à Ottawa, en 2003, et à La Rochelle en 2005. Très présente en France, sa poésie lui a mérité en 2008, d’être le premier poète invité à une résidence d’écriture à la maison d’Arthur Rimbaud, dite Maison des ailleurs, à Charleville-Mézières. Ce fut l’occasion pour lui de collaborer à la création d’un festival de poésie dans la ville natale d’Arthur Rimbaud. Depuis octobre 2009, un livre d’art de ses poèmes composés en résidence est en exposition permanente au Musée Rimbaud de Charleville-Mézières.
Michel A. Thérien participe de façon régulière à des manifestations d’écrivains, notamment au Collège Glendon de Toronto, dans le cadre de la Journée internationale de la francophonie, aux Jeux de la francophonie de Gatineau, au Festival international de la poésie à Trois-Rivières, à la rencontre internationale des poètes de Dakar au Sénégal, au Centre culturel canadien à Paris, au Marché de la poésie de Montréal et de Paris, au Club des poètes de Paris, au PEN club de Paris, au Château de Versailles à l’occasion du Printemps des poètes, au Conseil d’études internationales à Limoges et à la grande foire du livre de Guadalajara au Mexique. Récemment, son œuvre a été mise en valeur lors d’une conférence dans le cadre du Colloque international : Langages poétiques et poésie francophone en Amérique du Nord, tenu à l’Université York de Toronto.
Publications et reconnaissances
Fleuves de mica, Éditions David, (Ottawa) 1998 : finaliste au Prix Christine Dumitriu-Van-Saanen.
Corps sauvage, Éditions David et Art le Sabord, (Trois-Rivières) 2000 : finaliste au Prix Trillium et au Prix Christine Dumitriu-Van-Saanen.
Eaux d’Ève, Éditions David et Art le Sabord, 2002 : finaliste au Prix Trillium et au Prix Christine Dumitriu-Van-Saanen.
L’aridité des fleuves, Éditions David, 2004 : lauréat, Prix du livre d’Ottawa.
J’écris à rebours, Éditions David, 2005 : lauréat, Prix Le Droit et finaliste au Prix du livre d’Ottawa.
Du vertige et de l’espoir, Éditions David, 2007 : finaliste au Prix du gouverneur général du Canada, au Prix Le Droit et aux Prix littéraires de Radio-Canada.
Terre de faïence, Éditions David, 2009.
Traductions
The Wilderness Within (Corps sauvage), Borealis Press, 2005.
Cuerpo salvaje (Corps sauvage), Écrits des forges et Université de Mexico, 2006.
Livres d’artiste
Eaux d’Ève : Frédérique Riba Sarat, 2008.
Absinthe des mots : Musée Arthur Rimbaud, 2009.
Collectifs
Écriture Franco-ontarienne : Les cahiers du Vermillon, 2003.
Pluriel, Une anthologie, des voix : Les presses de l’Université d’Ottawa, 2008.
Auteurs contemporains de la littérature canadienne : Ministère de l’éducation de l’Alberta, 2008.
Ailleurs : Musée Rimbaud, 2009.
Extraits
Afriques et Amériques, les identités au prisme des poésies contemporaines
« En construisant, par leur création, des postures littéraires individuelles, les poètes contribuent à l’activité définitoire des identités collectives. Chez Michel A. Thérien, la poésie est le lieu d’une tension identitaire, qui s’exprime sur le mode de l’exploration du pays langagier, où les pas du poète l’inscrivent comme sujet agissant de et dans l’histoire. Dans cette œuvre poétique, le rapport au monde y est nécessairement et consciemment médiatisé par la langue. Sans cette tension linguistique, le sujet ne s’écrit pas, il n’existe pas. L’intime, le social et le politique alimentent le sujet, comme l’affluent le fleuve, dans les instruments mêmes qui permettent la communication avec l’autre. D’obstacle, la langue devient ainsi la condition même de l’existence poétique. Loin de rimer avec fermeture et repli sur soi, l’écriture de Thérien équivaut ici à dire : c’est ainsi que je parle, c’est ainsi que j’existe. L’écriture est une main tendue avec des mots dans la paume comme une eau à partager par delà l’aridité du monde. »
Christiane Melançon, Conseil international d’études francophones, Limoges, France, 3 juillet 2008.
Du vertige et de l’espoir – Sous le signe de la diversité
« Michel A. Thérien, un amoureux de l'Afrique, nous livre ses impressions sur ce continent avec des accents poétiques qui ne sont pas sans rappeler les voix de cet ailleurs chanté entre autres par Léopold Sédar Senghor. Sauf qu'ici les vers sont courts, presque discrets, mais non moins prenants dans leur lyrisme entendu: « ainsi / je caresse tes pieds / de terre volcanique / je reviens / sur une terre natale / porteuse d'espoir / où tu nous élèves / au-delà du sang noirci / de ta blessure / et / je viens dormir / sur ton chant de désert / obscur. »
Cet espoir sous-jacent qui fonde ces textes relève de l'exploit en ces temps où la barbarie semble s'acharner sur tous ces peuples démunis. Il y a dans cette conviction que la vie est constamment à réinventer un chant de foi en l'humanité qui étonne et convainc de sa nécessité.
Le prodige en tout cela, c'est que le ton amoureux qui s'éploie dans le recueil tient à bout portant la lucidité, comme une lanterne allumée devant l'effondrement: « toujours / en amont de nous / le poème / est ce lieu innommé / quelque part entre le cœur / et l'inconnu // nos mains terreuses / dans l'ardoise de ses mots. »
Hugues Corriveau, Le Devoir, Livres, samedi 29 mars 2008, p. f4.
Débats de la Chambre des communes
« Monsieur le Président, j’aimerais aujourd’hui souligner l’œuvre d’un poète originaire d’Ottawa, Michel A. Thérien, œuvre qui lui a valu l’admiration de la critique ainsi que la reconnaissance de plusieurs organismes littéraires.
Michel est un militant de la francophonie au Canada et dans le monde. Il a participé à la création d’un axe poétique à la Biennale de la langue française. Cette année, il a passé un mois en résidence à la Maison des ailleurs, à Charleville-Mézières, la ville natale d’Arthur Rimbaud. Il est le premier canadien à avoir reçu cet honneur.
Encore faut-il souligner que M. Thérien a été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général, en 2008, pour son recueil intitulé Du vertige et de l’espoir : Carnets africains.
Michel Thérien est un formidable exemple de la vitalité et de la culture franco-ontariennes et de la créativité foisonnante de nos artistes. » (…)
L’honorable Mauril Bélanger (Ottawa-Vanier) : Le Hansard, le lundi 24 novembre 2008.