Les profondeurs du lys

Rédacteur : Kang Byung Ki
Date d'insertion : 2005-12-23 07:48:53  -  Date de modification :2005-12-23 07:48:53




1.
 
Je ne suis pas à l’aube d’une vacance future. De celle qui donne la force et la grâce, de celle qui œuvre à la venue d’un ciel barré, et des progénitures. Alors, c’est un tassement, un plissement, de la pudeur. Une attitude de joie quand les joies sont poreuses. Une posture tranquille dans les jours de tristesse. Un repli dans les plis quand les vents se fatiguent. Un silence pratiqué. Du silence pour les voûtes. Mais je suis sous les voûtes cela qui tonne et qui perce les murs, ligoté, et qu’un silence tabasse. Dans l’inexactitude des larmes qui se corrodent je suis dans la clameur des voix qui se lacèrent, et de leur raucité, j’en ai fait un beau style, le style des gens qui meurent en buvant la lumière.


2.
 
Aux enfermés dehors des citadelles obscures sans portes ni barreaux, aux penseurs, aux poètes, à ceux que l’art engouffre, et que l’art divinise. L’art, que la peur ne soutient. L’art qui ne soutient que l’art, l’art des joutes, l’art des matières, l’art des yeux et de quand on les ouvre. L’art de ce qu’on en fait quand on ne fait pas le monde mais son imitation. Qu’importe qu’ils soient des escrocs de la vie, qu’ils nous volent cette vie des soleils machinés, des lumières de derrière quand les ombres fatiguent. Ce sont des simulacres qu’une illusion agace. Ils sont les tentateurs de ce qu’on abandonne. Ils sont les ennemis voulus d’un monde assassiné.
 
 


3.
 
Quand il faudra changer de peau et ce qu’il y a autour, quand il faudra qu’un visage corrobore tous les autres visages, je serai à l’avancée de ce que qu’on croit pouvoir démettre des fameux simulacres. Autour de ce qu’on met dans nos persévérances, la vie s’essoufflera sur le versant ôté des plaies qui se corrompent. On sera nos blessures. On retiendra son souffle, et ce sera mourir ; on révérera la vie, ce ne sera pas encore vivre. On aimera le silence des rêves corrodés. Pour qu’un homme soit un homme et qu’une pierre soit une pierre. Pour qu’un homme soit debout et des gravats de pierre.


4.
 
Je n’irai pas grandir dans les hauteurs du vent. Je n’irai pas compter sur les douleurs conquises. Là haut et par-dessus ce qui m’attend, quand j’aurai tout tenté. Ma mise, ma venue et ma déconvenue. Ce qui me pèse suffit. Ce qui me heurte, me coince, me met dans les états de celui qu’on étouffe. Quand ça fait de moi l’homme des yeux nus quand j’ai peur. Moi dans l’automne de ma vie. Ce n’est pas ça. C’est tous les signes sus, les marques, les traces de quand j’étais moqué dans les poussières pilées d’une étoile endormie.
 
 


5.
 
Veuille que ton âme soit remplie de buées. D’air sec à faire dans des airs très viciés. Tords-la, mets-la, fait aussi qu’elle soit belle. Avec tout des atours et des robes en velours. Plis sur plis, tasse-la quand tu peux. Et plie-la dans le sens des joies tronquées, des joies bâties, des enthousiasmes durs quand c’est ça qu’il faut faire. Ne heurte pas, ne tremble pas, et n’ogre pas la nuit lorsque la nuit s’amène. Fais tout cela ensuite ; pour moi, pour lui, et pour les morts rapides.


Kang Byung Ki

D'origine sud coréenne, Kang Byung Ki vit à Bruxelles, où il est étudiant. Les Profondeurs du lys est son premier recueil, dont nous publions ici quelques extraits inédits.









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